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28 Apr

La Première guerre mondiale : l’expérience combattante dans une guerre totale (correction étude d'un document)

Publié par Louis BRUN  - Catégories :  #première

Sujet 1. Après avoir présenté ce document, vous préciserez en quoi il montre que la Première guerre mondiale est une guerre totale à l’origine  d’une expérience combattante nouvelle et traumatisante.

 

Document 1. Une expérience combattante nouvelle et effroyable 

Poète suisse naturalisé français, Blaise Cendrars (1887-1961) s’engage dans la légion étrangère ; il est blessé au front en 1915,  ce qui lui vaut d’être amputé du bras droit. 

 

« Il faut nettoyer ça. Je revendique alors l’honneur de toucher un couteau à cran. On en distribue une dizaine et quelques grosses bombes à la mélinite (1). Me voici l’eustache (2) à la main. C’est à ça qu’aboutit toute cette immense machine de guerre. Des femmes se crèvent dans les usines. Un peuple d’ouvriers trime à outrance au fond des mines. La merveilleuse activité humaine est prise à tribut. La richesse d’un siècle de travail intensif. L’expérience de plusieurs civilisations. Sur toute la surface de la terre on ne travaille que pour moi. (…) La foule des grandes villes se rue au ciné et s’arrache les journaux. Au fond des campagnes les paysans sèment et récoltent. Des âmes prient. Des chirurgiens opèrent. Des financiers s’enrichissent. Des marraines écrivent des lettres. Mille millions d’individus m’ont consacré toute leur activité d’un jour, leur force, leur talent, leur science, leur intelligence, leurs habitudes, leurs sentiments, leur cœur. Et voilà qu’aujourd’hui j’ai le couteau à la main. L’eustache de Bonnot (3). « Vive l’humanité ! » je palpe une froide vérité sommée d’une lame tranchante. J’ai raison. (…) Me voici les nerfs tendus, les muscles bandés, prêt à bondir dans la réalité. J’ai bravé la torpille (4), le canon, les mines, le feu, les gaz, les mitrailleuses, toute la machinerie anonyme, démoniaque, systématique, aveugle. Je vais braver l’homme. Mon semblable. Un singe. Œil pour œil, dent pour dent. A nous deux maintenant. A coups de poing, à coup de couteau. Sans merci. Je saute sur mon antagoniste. Je lui porte un coup terrible. La tête est presque décollée. J’ai tué le Boche. J’étais plus vif et plus rapide que lui. Plus direct. J’ai frappé le premier. J’ai le sens de la réalité, moi, poète. J’ai agi. J’ai tué. Comme celui qui veut vivre. »

 

Blaise Cendrars, J’ai tué, 1918.

1.  Grenade à base d’acide.

2.  Couteau de poche fabriqué avant la Révolution française à Saint-Etienne, le terme tombe dans le langage courant pour désigner en argot le terme couteau.

3.  Anarchiste français à l’origine de plusieurs braquages et meurtres entre 1911 et 1912.

4.  Obus à ailettes tiré depuis une tranchée avec un mortier.

L’élève présente  correctement le document :

Extrait d’un témoignage (document autobiographique) rédigé par un écrivain suisse naturalisé français, Blaise Cendrars (donc un intellectuel)  et publié à la fin de la guerre.

Il nous livre les souvenirs de son expérience combattante jusqu’à l’année 1915.

Contexte  du témoignage : la guerre de mouvement a laissé place une guerre de position, de tranchées (à définir)

Contexte de l’écriture et de la publication : à la fin de la guerre, dans un contexte marqué par le pacifisme et le rejet de la guerre.

 

1. Une  guerre totale : la mobilisation de l’arrière au service de la guerre

 

a. Mobilisation des ressources humaines et orientation de la production au service de la guerre (mise en place d’une économie de guerre : industries, agriculture)

« immense machine de guerre ». « Des femmes se crèvent dans les usines. Un peuple d’ouvriers trime à outrance au fond des mines. La merveilleuse activité humaine est prise à tribut. La richesse d’un siècle de travail intensif. L’expérience de plusieurs civilisations. Sur toute la surface de la terre on ne travaille que pour moi », « Au fond des campagnes les paysans sèment et récoltent » « Mille millions d’individus m’ont consacré…»

 

b. Une mobilisation des esprits et la mise en place d’une culture de guerre : propagande (journaux), marraines de guerre

« Le boche » ; « La foule des grandes villes se rue au ciné et s’arrache les journaux. (…) Des âmes prient. (...). Des marraines écrivent des lettres ».

 

2.  Une expérience combattante inédite et traumatisante

 

a. Description d’une offensive dans le cadre d’une guerre de position

« Il faut nettoyer ça… Je revendique alors l’honneur de toucher un couteau à cran. On en distribue une dizaine et quelques grosses bombes à la mélinite » « canons » « mitrailleuse »

 

b. La mise au point d’armes destructrices à l’origine d’un degré de violence (morts de masse, mort anonyme)

« bombes à la mélinite », « J’ai bravé la torpille, le canon, les mines, le feu, les gaz, les mitrailleuses, toute la machinerie anonyme, démoniaque, systématique, aveugle. »

 

c. L’expérience d’une mort individuelle

« Il faut nettoyer ça » ; « Je vais braver l’homme. Mon semblable. Un singe. Œil pour œil, dent pour dent. A nous deux maintenant. A coups de poing, à coup de couteau. Sans merci »

 

d. Une expérience durablement traumatisante pour les hommes et les sociétés (deuil, mutilation, brutalisation).

« je revendique alors l’honneur de toucher un couteau à cran », « Œil pour œil, dent pour dent. A nous deux maintenant. A coups de poing, à coup de couteau. Sans merci. Je saute sur mon antagoniste. Je lui porte un coup terrible. La tête est presque décollée. J’ai tué le Boche. J’étais plus vif et plus rapide que lui. Plus direct. J’ai frappé le premier. J’ai le sens de la réalité, moi, poète. J’ai agi. J’ai tué. Comme celui qui veut vivre. »

La mutilation de l’auteur évoqué en introduction du document.

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