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29 Sep

Etrangers en Ondaine pendant la Grande Guerre

Publié par Louis BRUN  - Catégories :  #Projet Parcours d'immigrés

Exercice 2.  Le recrutement de travailleurs coloniaux et chinois pendant la Grande Guerre

 

1. Replacez ces documents dans leur contexte historique

2. Quel type de main d'œuvre est recruté  ? Indiquez l'origine géographique des étrangers recrutés ?  Par qui sont-ils recrutés ?

3. Dans quels secteurs d'activité sont employés les étrangers recrutés ?

4. Comment est traitée cette main d'œuvre ?  

5. Montrez que les pouvoirs publics se méfient de cette main d'œuvre étrangère ? Comment peut-on expliquer cette méfiance ?

 

Bilan : Faites un état des lieux sur la place qu'occupe la main d'œuvre étrangère dans la vallée de l'Ondaine pendant la Grande Guerre

Le recrutement des ouvriers kabyles aux Aciéries de Firminy
Le recrutement des ouvriers kabyles aux Aciéries de Firminy

Le recrutement des ouvriers kabyles aux Aciéries de Firminy

Document 3. La difficile adaptation des travailleurs coloniaux

 

J'ai  l'honneur  de vous  faire connaître  ce qui suit,  au sujet des ouvriers  Kabyles  venus  aux Aciéries  de  Firminy.

Ces hommes sont  arrivés le  6 avril  par un  temps  froid  et pluvieux  et depuis,  la  température n'a pas changé.

Pendant  les  2 ou 3 premiers jours  de  leur  présence à Firminy, ils  n'étaient  chaussés  que de sandales et vêtus  d'effets en treillis. La Direction de l'usine  s'est  émue  de cet  état  de  choses  et leur a fait distribuer des galoches et  des vêtements plus chauds.

Néanmoins, en raison du mauvais état de leur matériel de couchage, deux de ces hommes sont tombés malades, atteints de grippe  et  viennent de  décéder.

Un troisième  vient  de tomber  atteint  de la  même affection  et va être  dirigé  d'urgence  sur l'hôpital  de Saint Etienne.

Ce matin, ces  ouvriers, affectés  de  la  perte  de leurs  compatriotes ont refusé  de reprendre le  travail  s'ils  n'étaient pas  logés  dans  de meilleures conditions, car ils  n'ont  comme matériel  de couchage qu'une  paillasse  et une  couverture.

La Direction  des Aciéries  a aussitôt fait  placer  des  poêles  dans  le  cantonnement  et  distribuer  une  couverture supplémentaire.

L'incident a, pour ainsi dire, passé inaperçu, et peut être considéré comme clos.

Néanmoins une surveillance constante de la santé de ces individus est nécessaire si l'on veut éviter le retour de pareils faits profondément regrettables.

 

Rapport du commissaire de police de  Firminy au  Préfet de la  Loire  le 17 avril 1916

(Archives départementales de la Loire, M2023)

Le recrutement de travailleurs chinois aux Aciéries et Forges d'Unieux
Le recrutement de travailleurs chinois aux Aciéries et Forges d'Unieux

Le recrutement de travailleurs chinois aux Aciéries et Forges d'Unieux

Document 4. Tensions avec la main d'oeuvre chinoise

 

Comme  suite à mon  rapport par téléphone  de ce  matin, j'ai l'honneur  de  vous exposer les  faits  ci-après,  au sujet de la cessation de travail du contingent-chinois affecté aux Aciéries et Forges  d'Unieux. Ces  ouvriers  étrangers,  au nombre  d'environ  600, ne se  sont  pas  présentés  ce matin  aux divers  ateliers  et chantiers de l'Usine parce  que, hier,  ils  n'ont  pas été  payés  de leur quinzaine  de  travail.  Des renseignements que j'ai recueillis auprès de  la Direction  des Aciéries,  il résulte  que  cette quinzaine  ne  saurait  être  exigible,  attendu  que,  par  leur  contrat  de travail,  les Chinois  sont  astreints  aux règlements  et clauses du  cahier des  charges  de l'usine,  s'appliquant tout aussi  bien  aux  ouvriers  indigènes  et étrangers qu'aux civils  et mobilisés, règlement  dont  la  conséquence est  qu'une quinzaine demeure due, la quinzaine du 1er au 15 étant payée le 30 du même mois et  celle du  15 au 30, le  15  du  mois suivant.  Il en est  d'ailleurs  ainsi  dans toute  la  région.

Pour arriver  à une entente  et  aplanir l'incident,  la  Direction  des  Aciéries d'Unieux,  tout en  continuant de  fournir  et logement  et nourriture aux  grévistes,  leur  a fait  connaître  que,  ne pouvant  payer  la  quintaine demandée, par suite  d'impossibilité au point de vue comptabilité,  elle leur  offrait  un acompte de 10 francs (avec  instructions  aux interprètes  du cadre français  de  porter cet  acompte  au besoin à 20 francs).  J'ignore  encore  le  résultat  de la  démarche, la  plupart  des Chinois ayant d'ailleurs quitté  les  cantonnements.

Les origines  de cette grève ne  sont pas bien  connues  ;  cependant  elles pourraient  être trouvées dans  les  manœuvres  suspectes  d'un interprète  chinois,  de race  chinoise,  au  concours  duquel il a dû être fait appel, parce que les interprètes français ne parlant  pas le  bas  chinois, n'arrivent que très difficilement à se  faire  comprendre  des ouvriers  chinois,  ramassés  des  mauvais quartiers  de  Canton,  ne parlant que le Chinois vulgaire.  Cet interprète,  un  nommé  Gui  Phatt,  voudrait arriver  à supplanter  le cadre  français,  pour avoir  commandement à sa  place. (...)

(...)  Il faut  considérer qu'une surveillance  devient  alors très  difficile  et même impossible, si  on  tient compte que ces gens là  parlant une langue  que personne ne comprend,  ont  la  partie belle, ne  risquant  point  d'indiscrétion.  Dans cette  affaire  là,  on pourrait  même voir  des indices  de désordres  futurs  provenant de différents  religieux  entre l'élément  catholique  représenté  par  les interprètes  français  qui sont  des  Pères  missionnaires et  l'élément  anticatholique  ayant  pour  chef Gui-Phan. (...)

(...)  Jusqu'ici  tout  est calme,  mais  ce calme  ne  saurait  durer si les  propositions  faites  par la  Direction  des  Aciéries  et qui  seront  portées  à la  connaissance  des Chinois  par  voie  d'affiches apposées  dans  leurs  cantonnements, ne sont pas  acceptées, car la Direction  fermera  la  cuisine

chinoise  lundi  prochain ; du moins telle  est son intention  affirmée. (...).

 

Rapport  du  commissaire de police d'Unieux  au  Préfet  de la  Loire  le   2l avril  1917

(Archives départementales de la Loire, 92M240)

 

 

Document 5 . Tensions et heurts entre travailleurs étrangers et coloniaux

 

9h15.  D'après les  précisions  fournies  ce matin  les  Chinois  rebelles  se  sont pris  de querelles  avec les Arabes  employés  à l'usine  Verdié à Firminy  :  une rixe  a éclaté  entre  eux. Les  Alsaciens  Lorrains sont  survenus  pour  défendre  les  Arabes  ;  la  mêlée a été  générale et très violente en  voici  le  bilan :

1  Alsacien  Lorrain  tué

4 ou  5 blessés  légèrement

2 Kabyles blessés  très  grièvement

1 Chinois tué

25 Chinois blessés  légèrement

 

Les Alsaciens  Lorrains  ont repris  le  travail.  On a  jugé  prudent  de ne  pas  faire reprendre  le travail  aux  Chinois  et aux Kabyles...

Le  Général  demande que  des  mesures soient prises  d'urgence pour que  les  Chinois et les Kabyles  et d'une  manière générale  les  travailleurs  de la  main d'œuvre  étrangère  soient  dorénavant séparés  autant  que  possible...

19h 30.  Comme suite  à message téléphoné  ce matin  le  commandant  des subdivisions  de Saint-Etienne me fait  connaitre  que  industriels,  employeurs  et  aussi  populations  Unieux  et Firminy demandent l'éloignement immédiat des Chinois...

J'ajoute  que  les  faits  paraissent  avoir  eu  une  cause toute  fortuite  :  un  Kabyle  conduisait une  brouette  chargée  de cendre  chaude dont  une  partie  est  tombée  sur  les  pieds  d'un  Chinois ;  les camarades  de  celui-ci se sont  alors  précipité  sur les  Kabyles  ; les  Alsaciens  Lorrains  ont pris fait  et cause  pour  ces  derniers  et  la  mêlée  n'a  pas tardé  à devenir  générale...

Le  commandant  des subdivisions  a pris toutes  mesures  pour prévenir  nouveaux  excès  et pour que  Chinois  et  Kabyles  restent  séparés  dans leurs  cantonnements  respectifs.

Le parquet  de  Saint-Etienne m'a fait  connaître qu'il  se  transportait  sur  les  lieux..

 

Communications téléphoniques le 1ier mai 1917

de la 13ième région militaires du Ministère de la guerre à Paris

(Archives  nationales  94 AP 348).

Document 6. Recensement des travailleurs étrangers 

 

D'après Récapitulatif des établissements militaires, usines et ateliers privés travaillant pour la défense nationale établi par le commissaire central de police de Saint-Etienne en décembre 1917, Archives départementales de la Loire, 21M40

Principales nationalités recensées pour les secteurs de Saint-Etienne, vallée du Gier et vallée de l'Ondaine en décembre 1917

Principales nationalités recensées pour les secteurs de Saint-Etienne, vallée du Gier et vallée de l'Ondaine en décembre 1917

Statistique du nombre d'étrangers dans la vallée de l'Ondaine

Statistique du nombre d'étrangers dans la vallée de l'Ondaine

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