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20 Oct

Récits d'élèves : l'histoire de mes origines (2)

Publié par Louis BRUN  - Catégories :  #Projet Parcours d'immigrés

Les élèves de 1ière 3 participent cette année à un projet Euréka intitulé "Parcours d'immigrés en Ondaine". Depuis le début de l'année, ils ont pu découvrir la place  (centrale et trop souvent occultée !)  qu'occupent les étrangers dans l'histoire de France !  

A cette occasion, je leur ai demandé de mener l'enquête dans leur propre famille et de produire un petit texte racontant l'histoire de leur(s) origine(s) étrangère(s). Au delà de chaque histoire, ce fut l'occasion pour chaque élève de s'interroger sur lui-même et sur les autres et de discuter en famille d'un parcours individuel qui s'inscrit dans une histoire universelle : celle de la migration et du vivre ensemble. 

 

Récits d'élèves : l'histoire de mes origines (2)
Bab El Oued (Agérie) d'où vient la maman de Zinedine

Bab El Oued (Agérie) d'où vient la maman de Zinedine

Zinedine raconte l'histoire de sa mère (1ière 3)

 

J'ai mené l'enquête vers ma famille et j'ai pu relever certaines choses, malheureusement, sans grande précision.

Ma mère est arrivée en France en 1990, sans souvenir de la date exacte ;  Âgée de 20 ans, elle a quitté l'Algérie ( Village de Bab el Oued, à Alger ) pour des raisons politiques et économiques.

Ce qui a vraiment poussé ma mère à partir était la place des femmes dans l'Algérie de l'époque. D'après ce qu'elle m'a raconté, les femmes étaient souvent agressées ou harcelées sexuellement, les obligeant à rester cloîtrées chez elle ou à sortir accompagnées. Ma mère étant de nature indépendante, ce mode de vie ne lui convenait pas, et les opposantes étaient frappées ou insultées. Il était impensable pour une femme à l'époque de sortir sans le port du voile ;  elle m'en parle aujourd'hui comme un diktat imposé aux femmes ; elle  m'a ainsi confié que les femmes là-bas, portaient le voile non pas par respect de la religion, mais avant tout pour ne pas se faire agresser. Une femme qui ne portait pas le voile était une femme peu fréquentable. Aujourd'hui la situation n'a pas vraiment changé.

Plus tôt dans sa vie, lors de son enfance , dans le contexte de la guerre d'Algérie, la famille de ma mère a tenté de migrer vers la France.  Malheureusement rien ne s'est déroulé comme prévu. En effet mon grand-père qui vivait déjà en France, seul, avait décidé de retourner en Algérie chercher ma famille. Quelques jours avant son départ en Algérie, il est malheureusement décédé ; il a été victime d'un accident de travail, provoqué par l'explosion due à une fuite de gaz.  A cette époque,  les Algériens qui travaillaient en France étaient maltraités. Pour un travail identique, un Français était mieux payé qu'un Algérien. Mon grand-père n'a pas cherché à protester :  sa famille était tellement pauvre qu'un salaire, même minime, était le bienvenu. Le bateau qui était censé ramener mon grand-père vers ma famille a ramené sa dépouille. Ce fut un jour marqué par une profonde douleur pour ma mère, ainsi que pour mes tantes et ma grand-mère.

Elles se sont retrouvées sans le moindre argent.   Ce fut une  période marquée par une profonde pauvreté. La situation était si difficile que ma grand-mère a du confier mes deux tantes à sa sœur, une femme horrible d'après elles. Je n'en sais pas plus à propos de cela, le sujet étant extrêmement tabou et sensible j'ai décidé de ne pas trop aborder la question. Aujourd'hui encore dans ma famille, certaines rancunes par rapport à cet « abandon » ressurgissent et il est donc préférable de ne pas trop en parler.

Cette enfance malheureuse a marqué ma mère. Son grand-frère a d'ailleurs été tué par cette pauvreté. Il avait six mois, et comme tout nourrisson, il avait besoin de lait. Mais il était impossible de s'en procurer sans argent. Ma grand-mère a été contrainte de lui donner du lait périmé, ce qui a provoqué sa mort. Ma mère n'était pas encore née, et ne l'a pas connu. Ma mère a néanmoins pu faire des études à Alger ; et même si elle  a raté son bac , elle a pu devenir professeur d'anglais à sa majorité.

Elle est allée à Paris rejoindre sa sœur où elle a décidé de passer de nouveau son bac qu'elle a d'ailleurs obtenu. Paris, pour les immigrés Algériens représentait l'espoir d'une nouvelle vie. Elle est retournée en Algérie pour accoucher de mon plus grand-frère et pour revoir sa famille. Elle souhaitait surtout voir si en quelques années, l'Algérie avait changé. En effet, même si elle aimait la France, elle avait le mal du pays. Rien n'avait changé selon elle.

Elle est arrivée en 1993 à Paris et a déménagé en 1995 à Saint-Étienne, au quartier de la Cotonne. Elle a repris ses études à la faculté Jean Monnet. Vivant seul avec un enfant à sa charge, elle n'a pas pu les terminer. Aujourd'hui elle exerce le métier d'aide-soignante.

Je suis très fier de ma mère. Elle représente à mes yeux ce que l'immigration a apporté de plus beau.

 

Cuba d'où vient l'arrière-grand-père de Pierre-Olivier

Cuba d'où vient l'arrière-grand-père de Pierre-Olivier

Pierre-Olivier évoque l'histoire de son arrière grand-père (1ière 3)

 

Aujourd'hui je vous présente l'histoire de mon aïeul courte mais intéressante. Mon arrière grand-père se nomme Miguel ; c'est un militaire originaire de Cuba ; il est venu en France pendant l’entre deux guerres (en 1929)  pour des raisons militaires qui me sont inconnues. Il est resté en France pendant 10 ans environ.   Durant cette période il a rencontré sa future femme (mon arrière-grand -mère). Ma grand-mère m'a dit qu'au début ils vivaient vers Bordeaux.

Par la suite,  il a été muté près de Saint Étienne ; ma grand-mère n’a aucune information sur son arrivée dans la région et sur les conditions de son insertion.  C’est là qu'ils ont habité prés de 8 ans. Pendant ces 8 années,  il a appris  le français grâce a mon arrière grand mère  ; ensemble, ils ont construit une maison à la campagne et ont acheté une auberge très ancienne ; Elle est aujourd'hui coupé en deux et situe à Borde Matin, à côté de Roche-la-Molière.  La maison de campagne quant à elle trouve à Verne en Haute Loire. Cette maison est une sorte de souvenir pour nous.

Ma grand-mère est née et peu de temps après éclatait la Seconde Guerre mondiale ;  mon arrière-grand-père a été fait prisonnier  et déporté en Allemagne.  Après une longue période sans contact,  il a envoyé une lettre à  ma grand mère avec une photo qu'elle possède  toujours . Ma grand mère ne l'a jamais rencontré : c’est pour cela qu’il a envoyé une photo je pense . Il n’est jamais revenu et nous ne savons  toujours pas comment il est mort : malgré de nombreuses recherches nous n’avons eu aucun acte de décès.  C’est pour ça que c’est assez difficile d'en parler .

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cafuron : mot issu du parler gaga signifiant "petite fenêtre", "oeil de boeuf éclairant un réduit" . Le cafuron est un blog d'histoire-géographie qui s'adresse au plus grand nombre ! Bonne visite !