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Ce blog pédagogique d'histoire-géographie et d'éducation morale et civique (E.M.C.) tire son nom d'un terme issu du parler gaga (le parler stéphanois) ; le cafuron (window in english !) est une lucarne ou un oeil de boeuf éclairant un réduit. Ce blog s'adresse tout autant aux élèves du lycée Jacob Holtzer (Firminy- Loire) qu'à un public plus large. Bonne visite !

16 Jan

Exploiter et protéger une ressource « naturelle » : la forêt française depuis Colbert.

Publié par Louis BRUN  - Catégories :  #Histoire-Géographie-Sciences Politiques - Géopolitique

Exercice 1. La forêt française aujourd’hui (manuel p. 382-383)

 

1. Indiquez quelle définition de la forêt donne l’ONU

2. Indiquez comment qualifier l’emprise de la forêt sur le territoire français

3. Dites qui possède la forêt en France aujourd’hui

4. Identifiez les politiques menées par l’Etat français depuis le XVII° siècle

 

Qu’est-ce qui caractérise la forêt française ?

Quelles gestions des forêts ont été mises en place depuis Colbert ?  Dans quels buts ?

Exploiter et protéger une ressource « naturelle » : la forêt française depuis Colbert.

Exercice 2. Protéger pour exploiter (XVII°-XIX° siècle) : la mise en place d’une politique de conservation

 

1. Indiquez la place qu’occupait la forêt dans les sociétés préindustrielles et dites comment celles-ci étaient administrés (document 1)

2. Dans quel état se trouve la forêt française à l’époque de Colbert et expliquez pourquoi (document 1 p. 384 et document 1).

3. Définissez ce que prévoit la Grande réformation et dites pourquoi Colbert prend ces mesures (document 2 p. 384 et document 2)

4. Dites si cette réforme a été efficace et expliquez pourquoi (documents 1 p. 384 et document 2)

5.  Dites ce que prévoit le nouveau code forestier de 1827 et qu’elles furent les conséquences de sa strictes application (documents 3 et 5 p. 384 et 385)

6. Décrivez et expliquez les évolutions de forêt française à partir des années 1830 (documents 1 et 5, et 6 p. 384 et 385)

Document 1. La forêt, une ressource stratégique

 

Toutes les sociétés ont, depuis l'Antiquité, fondé leurs techniques sur l'utilisation de l'eau et du bois. Les produits de la forêt fournissent la bûche et le charbon pour alimenter âtres et fours, le bois sert à confectionner l'aile du moulin, la roue à aube, les matériaux pour construire navires, bâtiments, meubles, ustensiles ou contenants. Les forêts ou sylves permettent en outre d'abriter les troupeaux, qui y trouvent aussi une subsistance de tous les instants. En bref, qu'ils soient urbains ou ruraux, les hommes et les femmes étaient tous étroitement dépendants de leur approvisionnement en fruits de la forêt.

Pour toutes ces raisons, la puissance publique entreprend, dès le Moyen Age, de gérer ce produit si stratégique, notamment au moyen des droits d'usage (1). Concédés par le seigneur d'une forêt, ils autorisent l'usager (généralement une communauté d'habitants) à y ramasser du bois pour le chauffage, la fabrication d'objets courants ou la construction, à y faire paître son bétail, à y chasser, y pêcher ou à y récolter ses fruits (glands, châtaignes, miel, herbes...). Ces droits payés en nature ou en numéraire sont une réalité fondamentale des sociétés d'Ancien Régime. En échange de l'accès aux forêts, les communautés d'habitants procurent ainsi des capitaux ou permettent au seigneur de faire fructifier les biens en nature. Ce système permet au propriétaire de tirer un revenu de ses forêts et aux populations d'obtenir les conditions nécessaires à leur survie quotidienne. Il n'est donc pas surprenant que la question de leur maintien soit à l'origine de conflits tout au long des XVIe et XVIIe siècles, aboutissant à la diffusion de l'image du paysan affamé, en manque de ressources vitales en bois - et donc susceptible de se révolter.

C'est notamment afin de réguler ces conflits et, surtout, de veiller sur leur propre domaine forestier que les rois de France créent, au XIIIe siècle, les « Eaux et Forêts ». L'institution doit administrer les forêts royales et utiliser son pouvoir de police pour traduire devant la justice les délinquants, qui prélèveraient plus de ressources que prévu ou couperaient des arbres sans autorisation. A la fin du XVIe siècle, la taille du royaume est devenue telle que l'institution est scindée en sous-ensembles régionaux, les grandes maîtrises, elles-mêmes divisées en maîtrises particulières. Les grands maîtres sont chargés de la gestion régionale des Eaux et Forêts (police des bois, coupe des arbres, jugement des délinquants...).

Au XVIIe siècle, les rapports des grands maîtres des Eaux et Forêts n'en sont pas moins alarmistes : l'état de guerre endémique au XVIe et dans la première moitié du XVIIe siècle (notamment à cause des guerres de Religion et des guerres de Rohan) aurait empêché les forestiers d'accomplir leurs missions et réduit les forêts à néant, offertes, selon une formule de Louis de Froidour, à ces « bestiaux » dont « la dent, l'haleine et la laine sont pestifères aux bois ». Il faut donc agir. C'est dans ces conditions qu'une réforme générale des Eaux et Forêts est entreprise au début du règne de Louis XIV.

En 1661, ce dernier hérite d'un royaume en paix. Les soubresauts de la Fronde sont bien loin et les Espagnols vaincus. Le temps est venu de rationaliser l'administration du royaume. Les années 1661-1680 voient l'accumulation des réformes - des « réformations » dit-on alors - qui visent à accentuer la centralisation et à doter le pays de codes de lois identiques partout. Même si Colbert hérite des actions de ses prédécesseurs, son rôle en la matière est déterminant à partir de sa nomination comme intendant des finances en 1661. De grandes ordonnances transforment tous les domaines ou presque : impôts, justice, commerce, marine... et, bien sûr, Eaux et Forêts. Il faut dire qu'aux yeux des hommes de la Cour la disette de bois menace. « La France périra faute de bois », prédit même Colbert.

 

Sébastien Poublanc, Forêts françaises : le plan Colbert, L’Histoire n°464, octobre 2019

 

1. Droit d'usage : ensemble des droits qu'un propriétaire concède à une communauté d'habitants ou à des particuliers (droit de faire paître les bestiaux, de prélever bois et fruits).

Exploiter et protéger une ressource « naturelle » : la forêt française depuis Colbert.

Document 2. Une politique de conservation à des fins utilitaires

 

Au milieu du XVIIe siècle, la marine française est dans un piètre état, contrecoup de la Fronde. Seuls deux ou trois vaisseaux peuvent affronter la haute mer. La marine doit louer ou acheter des navires étrangers en cas de guerre. Colbert décide alors de réorganiser toute la filière, de la culture du chêne au chantier naval.

La construction d'un grand vaisseau nécessite d'abattre jusqu'à 4 000 chênes centenaires. Or à cette époque, il n'existe pas de politique forestière digne de ce nom. Le défrichage et la surexploitation des forêts royales ont provoqué une baisse régulière de la surface boisée. La forêt s'étend alors sur environ 13 millions d'hectares. Le bois de chêne étant insuffisant, on en importe essentiellement d'Italie et d'Albanie. Le pin, utilisé pour le gréement, provient d'Europe du Nord. En cas de reprise des hostilités, la maîtrise des routes du bois devient stratégique.

Mais toutes ces importations ne conviennent pas au mercantiliste Colbert. Aux yeux de cet homme d'Etat, la forêt constitue à la fois une source de richesse importante, "un trésor qu'il faut soigneusement conserver", et une ressource indispensable pour la construction de navires. On ne la préserve pas pour son écosystème, mais par intérêt militaire et économique. L'ordonnance d'août 1669 scelle une reprise en main vigoureuse des forêts françaises. Un quart de la surface des forêts doit être préservé, l'âge d'abattage des arbres est reculé à vingt ans, 32 baliveaux à l'hectare sont conservés. L'abattage est réglementé. Les résultats ne tardent d'ailleurs pas à se faire sentir : les recettes des forêts royales passent de 50 000 livres en 1662 à 1 million vingt ans plus tard.

Dans la foulée, les chantiers navals sont réorganisés pour que la fabrication d'un navire prenne un rythme industriel. (…).

L'effort est considérable. Rien qu'en 1673, vingt-six navires et six galères sortent des chantiers de Rochefort (…). En 1677, la marine est en possession de 300 vaisseaux et galères.

Mais la Révolution porte un coup à cette politique. La liberté de coupe, restaurée par une loi de 1791, et l'anarchie ambiante livrent les futaies au pillage. Le massif forestier s'en trouve réduit de 500 000 hectares. Le début du XIXe siècle voit le retour d'une politique forestière. C'est ainsi que, depuis près de deux siècles, la France maintient une gestion rigoureuse de son patrimoine forestier. L'héritage légué par Colbert se retrouve dans une administration des forêts efficace, de riches massifs forestiers et une conception de l'économie faisant de l'Etat un acteur à part entière.

 

Jacques-Marie Vaslin, Les chênes français, le "trésor" de Colbert, Le Monde, 27 avril 2011

Exercice 3. Entre protection environnementale et nouveaux usages : conserver et préserver ?

 

1. Expliquez pourquoi Théodore Rousseau interpelle en 1852 le duc de Morny et listez les arguments qu’il déploie. Indiquez à quoi aboutit son intervention (document 1 p. 386 et chronologie p. 386).

2. Dites quelles sont les principales raisons qui doivent guider les politiques de protection des forêts selon la déclaration du sommet de la Terre de 1992  (document 3 p. 387)

3. Définissez ce qu’est l’ONF et ses missions ; dites à quelles difficultés l’Etat et ses organismes se heurtent aujourd’hui (documents 2 et 4 p. 386-387)

4. Identifiez les différentes relations que les citoyens peuvent entretenir avec les espaces forestiers (documents 2, 4 et 5 p. 386-387)

Bilan. Vers le Bac

 

Rédigez une des deux parties du sujet suivant : « Exploiter et protéger la forêt depuis Colbert ».

 

Partie 1. Conserver la forêt française pour l’exploiter (voir exercice 2)

Partie 2. Préserver la forêt pour répondre aux nouveaux besoins et usages (voir exercice 3)

Pour aller plus loin sur l’évolution du rôle de l’Etat dans la protection des espaces forestiers :  cliquez ici

Pour aller plus loin sur l’école de Barbizon et son action en faveur des forêts 

 

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