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25 Jan

Jeux olympiques et guerre froide

Publié par Louis BRUN  - Catégories :  #Archives terminale S

Pour compléter le cours sur les relations internationales et pour répondre à votre curiosité, je vous invite à lire l'article ci dessous sur l'utilisation idéologique du sport et des Jeux Olympiques par l'URSS.

image extraite du film Rocky IV (Etats-Unis, 1985)

Avant la guerre froide : le sport sert à discipliner les masses et à construire l’homme nouveau

 

 

 

Avant-guerre (…)  l'URSS en construction, isolée et menacée, s'est retirée de la scène sportive internationale. L'olympisme, considéré comme une pratique bourgeoise, n'a pas les faveurs de la direction communiste. (…)

 

Enfermée dans son complexe d'encerclement, l'Union soviétique développe une conception alternative du sport axée sur la "culture physique". Ladite culture physique (…) est perçue comme un moteur du changement social. "Son but n'est pas de faire tomber des records mais d'apporter l'hygiène sociale aux populations arriérées" explique le ministre de la Santé Nikolai Semashko en 1928. Le sport doit dresser les masses. Combattre l'alcoolisme, le rachitisme, l'illettrisme, amener le moujik à vivre de manière hygiénique et à respecter les règles du collectif. Le sport est essentiellement un outil de politique intérieure. Il s'agit d'accélérer l'apparition d'un homo sovieticus productif, discipliné et enthousiaste.
(…)

 

Le sport socialiste (…)  doit créer du collectif. Compétition de tous contre tous à armes égales (…). La participation compte plus que le résultat. En cela, le sport s'avère également un excellent moyen de cimenter l'Union. Le Caucasien exprime ses talents en lutte, l'Ukrainien démontre sa maestria au football. Tout ceci n'est guère coûteux politiquement pour la direction moscovite et permet de réaffirmer la dimension égalitaire de l'URSS. (…)

 

emblème officiel des JO de 1952

(premiers jeux auxquels participe l'URSS)


Pendant la guerre froide , le sport est un outil de propagande

 


(…)  Américains et Soviétiques (…)  se font la guerre (…)  sans jamais se heurter directement. Drôle de guerre qui nécessite un exutoire. Le champ de bataille est interdit. Les terrains de sport, en revanche, font parfaitement l'affaire. (…)

 

Le sport s'épanouit dans la guerre froide. Il s'en nourrit; il la sert fidèlement. Les deux superpuissances nucléaires se regardent en chien de faïence. Elles choisissent les pistes, bassins et tatamis olympiques pour s'affronter. Le CIO ne voudra jamais l'avouer, persistant à présenter sa grande messe comme un manifestation apolitique et pacifiste. La rencontre entre les peuples doit gommer la confrontation entre les blocs. Le cérémoniel empesé ne trompe personne mais il permet de réduire considérablement le niveau de tensions. Noyés dans l'unanimisme olympique, les deux ennemis font "comme si" l'important était bien de participer. (…)

 

En 1952, pour les Jeux d'Helsinki, l'URSS tourne définitivement casaque, et rejoint le mouvement olympique. Le revirement aurait pu intervenir plus tôt, lors de la précédente édition des JO, à Londres, en 1948. Mais Staline préfère attendre. La nouvelle superpuissance doit tenir son rang. Pari tenu, puisque l'URSS passe à deux doigts - et cinq médailles - de la première place dès sa première participation. À partir de 1956, l'URSS affirme sa suprématie. Elle "remporte" tous les jeux auxquels elle participe à l'exception des JO de Mexico en 1968.

 

L'URSS entre dans l'olympisme par la grande porte. Au plus grand contentement de la direction soviétique.
Dans un contexte de guerre froide, le mélodrame olympique - pourvu qu'il se termine par une happy end - constitue un excellent produit de propagande. Les JO permettent de visualiser l'ennemi capitaliste, cet adversaire à la fois insaisissable et omniprésent, dont l'existence justifie tant de "renoncements". Par ailleurs, l'identification aux héros du socialisme, le "Nous avons gagné" fait vivre l'espoir du Grand soir et des Lendemains qui chantent.

 

Les sportifs après guerre deviennent ainsi des acteurs centraux de la mythologie socialiste. À l'instar des cosmonautes, ils repoussent les frontières, toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus fort.

Emblème officiel des JO de 1988

(les derniers de la guerre froide)

La similitude ne s'arrête pas là. Le sport et la conquête spatiale sont également les seuls domaines où l'URSS peut rivaliser avec les Etats-Unis. Les performances respectives des deux puissances peuvent être étalonnées aux yeux de tous, grâce aux moyens de télédiffusion moderne. La Pravda peut ainsi déclarer en 1972: "Les grandes victoires de l'Union soviétique et des pays-frères constituent la preuve éclatante que le socialisme est le système le mieux adapté à l'accomplissement physique et spirituel de l'homme". L'impact en termes de propagande est inégalable. Les pays du Tiers-Monde, pour qui l'affirmation sportive joue un rôle crucial dans le processus d'intégration nationale, ne peuvent qu'être attirés par le modèle soviétique. À l'ouest, bien des militants de la "cause sportive" sont également séduits. Des voyages d'étude sont organisés à la découverte du village Potemkine soviétique, dont l'un des must est précisément le complexe sportif.

 

Consciente des bénéfices à tirer de la diplomatie sportive, l'URSS s'est en effet dotée de moyens scientifiques pour atteindre la suprématie mondiale. (…). Placées sous la tutelle directe du parti communiste, les instances sportives, à partir de 1945, agissent en tout cas dans un pur souci de rentabilité. Les choix sont politiques. Les disciplines olympiques majeures (athlétisme, gymnastique) sont privilégiées. L'URSS crée des usines à champions et invente le sport de haut niveau. (…)

 

Le sport devient ainsi une affaire d'élites, placé au cœur même du système totalitaire. Les meilleurs clubs sont d'ailleurs patronnés par les services de sécurité. Dynamo pour le Renseignement intérieur et Etoile Rouge pour les forces armées. Les athlètes internationaux - officiellement amateurs - bénéficient de sinécures dans l'Armée ou le KGB. Avec salaires de nomenklaturiste et prime payée pour partie en dollars. Pas moins de 12000 roubles (environ 120 000 francs actuels) pour une médaille d'or aux jeux olympiques de Séoul en 1988. Les "progrès" de la sciences sont également mis au service des sportifs de haut niveau.

 

 

D’après l’excellent article de  Gurvan LE GUELLEC , Les guerres olympiques de l'URSS (01/01/2002) publié sur le site de la revue Regard sur l’Est (rendez-vous sur le site pour lire l’article dans ta totalité)

Vous pouvez aussi consulter le site officiel du comité international olympique avec le palmarès des médailles, des vidéos, des images à visionner....

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