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24 Dec

Fondements et caractéristiques de l'idéologie nazie

Publié par Louis BRUN  - Catégories :  #Projet Shoah

L’idéologie nazie s’enracine dans une longue histoire, notamment dans l’histoire allemande du XIXe siècle. Hitler n’invente aucune idée nouvelle, il réutilise des idées conservatrices mais ce qui est original c’est la conjonction de différents thèmes. 

 

 

Quels sont les fondements et les caractéristiques de l’idéologie nazie ?

 

 

Document 1.  Le nazisme : une idéologie qui s’enracine dans une longue histoire

 

XVe siècle allemand et européen

Réforme luthérienne

Les guerres anti-napoléoniennes

XIXe siècle européen

L’après première guerre mondiale

Développement d’une vision d’une fin du monde

(millénarisme apocalyptique), avec l’idée que cette fin des temps repose sur les Juifs qui n’ont pas compris le message du Christ.

divorce de l’Allemagne avec l’histoire de l’Occident à travers la rupture avec l’autorité romaine. L’Allemagne prétend à partir du XVIe siècle incarner une autre voie de l’Histoire européenne.

 

le rejet du libéralisme et de la France (notamment après la défaite d’Iéna en 1806 qui est un cataclysme pour les Allemands). On assiste à une réaction anti-libérale qui triomphe après 1848 et l’écrasement du printemps des peuples.

le siècle du scientisme mais aussi le siècle des anti-Lumières, où, en Allemagne en particulier, on rejette cet héritage.

 

sentiment du vol de la victoire chez les Allemands alors que leur territoire n’a pas été touché.

 

 

 

ideologuenazie.JPG

 

 

 

Exercice 1. Le nazisme : une idéologie de la race (documents 1 et 2 p. 140)

 

1. Recherchez dans le manuel l'origine du mot nazisme

 

Le nazisme vient de l’abréviation du nom du parti ouvrier national-socialiste allemand (NSDAP : National Sozialismus Deutsche Arbeit Partei). CF p. 132

 

2. Présentez le document 1 p. 140. En quelle année Hitler prend-il le pouvoir ? Quand a été écrit ce livre ? Que peut-on en déduire ?

 

Il s’agit d’un de « Mein Kampf » écrit par Hitler lors de son séjour en 1924 en prison à Munich suite à son coup d’Etat manqué contre la République de Weimar (l’échec du Putsch de la Brasserie). Hitler jette les bases de la fondation d’un nouveau régime dont il délivre le contenu dans cet ouvrage. Il ne prend le pouvoir qu’en 1933. Le nazisme, contrairement au fascisme, a une doctrine déjà bien établie qui sera appliquée une fois la conquête du pouvoir achevée.

 

 

3. Sur quoi repose l'inégalité des hommes pour Hitler ?  Montrez qu’Hitler veut donner un caractère scientifique à cette théorie  (document 1 p. 140).

 

L'inégalité des hommes et des peuples reposent sur la race. Ainsi les fondements ne sont pas socioculturels mais strictement biologiques. Les races  sont donc hiérarchisées en fonction de leurs « aptitudes », c’est ce qu’il appelle le «principe aristocratique de la nature », emprunté aux théories néodarwiniennes.

Ce  racisme moderne s’impose comme idéologie au XIXe siècle avec un darwinisme social et racial (détournement des théories de Darwin). Les plus forts sont supérieurs aux plus faibles, c’est une loi de la nature, on ne peut pas s’y opposer. Les hommes n’ont pas les mêmes capacités, il y a différentes races qui sont créatrices ou destructrices de culture ; ainsi toutes les races n’ont pas le même destin, certaines doivent commander, d’autres non.

Hitler reprend à son profit ces théories raciales et les présente comme autant de vérités scientifiques (« lois », «principes ») fondées sur l’observation de la nature (« la volonté éternelle qui gouverne ce monde») et sur les enseignements de l’histoire, pur produit de l’instinct de conservation des espèces.

On peut aussi rappeler qu’en 1925, l’Allemagne est l’un des rares pays où l’hygiène raciale entre dans le programme d’enseignement des universités. On y présente l’histoire de l’humanité comme l’histoire des races en lutte, on explique que tout mélange des races est une souillure et que tout métissage est un crime. On a une véritable angoisse du mélange et de la souillure qui renvoie à la conception du monde zoologique où l’humanité est un troupeau (cela conduit logiquement au programme T4 avec l’extermination des plus faibles chez les Nazis puis à l’extermination des « non-hommes » dont le sang pourrait souiller l’humanité). L’antisémitisme nazi prend, en effet, ses racines dans cette vision biologique.

 

 

4. Quels rapports les races entretiennent-elles entre elles   (document 1 p. 140) ?

 

Les races sont les principaux agents de l’histoire (et non les classes ou les individus). L’histoire est celle de la lutte des races pour la survie et la domination (la lutte des races pour leur espace vital)

D’où le postulat de la nécessaire pureté de la race. C’est le peuple le plus pur, celui qui refuse les métissages qui imposera sa force et sa domination. Seul l’Aryen a été capable de fonder des civilisations. Mais son expansion l’a mis en contact avec des peuples inférieurs et son œuvre serait ruinée dans un monde métissé.

 

 

5. Quelles sont les différentes catégories de race mises en évidence par le document 2 p. 140. Quelles sont les caractéristiques de chacune d’entre-elles. Répondez en complétant le tableau suivant

 

Types de race selon l’idéologie nazie

Asiatiques, Africains, Slaves

Juifs

Aryens

Principales caractéristiques selon l’idéologie nazie

Race disciplinée, tenace et travailleuse qui choisit de se reproduire en grande nombre pour assurer sa survie.

 

 

 

 

 

 

Elle est présentée comme une race parasite.

En biologie, un parasite est un organisme vivant qui se nourrit, s'abrite ou se reproduit en établissant une interaction durable avec un autre organisme.

Il lui reproche ainsi de faire semblant de s’assimiler et de profiter de la situation pour prendre le travail des autres peuples ainsi que le pouvoir.

Elle fait partie des races supérieures. C’est une race qui sait travailler, qui a le sens de l’effort mais c’est aussi  une race guerrière. C’est une race dotée de génie capable de créer une civilisation (former des Etats et créatrices sur le plan culturel 

 

Racines idéologiques issues de l’anti-judaïsme chrétien avec la double erreur des Juifs qui s’entêtent à ne pas reconnaître le christianisme et qui sont déicides.  On retrouve ici l’héritage de Luther des dernières années qui prône la tuerie des Juifs et leur extermination. On passe de l’anti-judaïsme (vision religieuse) à l’antisémitisme (vision sociale et raciale) à partir de 1879, quand on commence à affirmer que les Juifs sont une race, ce qui fait de  leur extermination la seule issue possible. L’antisémitisme est ainsi porteur de mort.

Le Juif cristallise, en effet, toutes les passions existentielles de l’Europe. Il s’oppose à l’Allemand authentique qui rêve d’une Allemagne authentique, alors que l’industrialisation est en train de la changer radicalement. Le Juif incarne tout ce que l’Allemagne souhaite rejeter : la ville, la modernité ; il faut purger le pays de ce qui est inassimilable. Le Juif constitue la projection du malaise identitaire de l’Allemagne qui se rêve en pays authentique, rural. La figure juive arrive comme une aubaine dans un pays qui se cherche une identité.

 

 

6. Quelle serait la conséquence  du  métissage selon Hitler  (document 1 p. 140) ?  

 

Le métissage de la race aryenne serait catastrophique. Ce serait la disparition de la culture et de la civilisation humaine et le début de l’apocalypse : la fin du monde, le triomphe de la barbarie

L’Allemagne serait élue pour apporter un message à l’humanité : idée d’une supériorité du monde germanique très répandue parmi les élites. Le monde de la culture, de l’esprit, de l’idéalisme serait incarné par l’Allemagne : cela s’opposerait au mercantilisme, au productivisme, au matérialisme, incarné par la Grande-Bretagne ou la France.

 

Ce racisme résulte aussi des mutations sociales du XIXe siècle avec la révolution industrielle et urbaine (explosion de la population à Paris, Londres, mais aussi Berlin). La ville est assimilée au bagne, aux maladies (tuberculose), à la mort (suicides), au taudis. A l’inverse de la France, la bourgeoisie allemande a été phagocytée par l’aristocratie pendant cette période. Cette aristocratie défend ses valeurs : l’éducation doit être façonnée par l’obéissance et la soumission à une autorité (idéologie autoritaire) et par l’effacement de l’individu devant le nous, le collectif. Cela conduit la pensée völkisch (ethniciste) et le racisme à s’épanouir en Allemagne entre 1870 et la fin de la première guerre mondiale.

 

 

Exercice 2. La mission de l’Etat raciste.

 

1. Quel rôle l’Etat raciste doit selon lui jouer ? (document 1 p. 140)

 

L’État a donc comme devoir de préserver « l’existence des différentes races humaines », c’est-à-dire de protéger la race aryenne de toute « adultération », ce qui implique des mesures visant à empêcher les mariages mixtes. Mein Kampf annonce sans ambages les mesures discriminatoires prises en 1935 avec les lois de Nuremberg.

 

2 Qu’est-ce que l’euthanasie ? Quelles sont les pratiques que dénonce Mgr Galen ? Quel est le but de ces pratiques ? (document 4 p. 141)

 

L’auteur dénonce les pratiques eugénistes de l’Etat allemand

L’eugénisme peut être désigné comme l’ensemble des méthodes et pratiques visant à transformer le patrimoine génétique de l’espèce humaine, dans le but de le faire tendre vers un idéal déterminé. Il peut être le fruit d’une politique délibérément menée par un État.

Le but de cette pratique est donc de préserver la race, de la régénérer : elle donnera naissance à cet homme nouveau, l’aryen aux  valeurs guerrières

 

 

Exercice 3. Le rejet des Lumières et de l’Occident

 

1. Expliquez la phrase : "le chef porte, avec l'autorité suprême, et sans limites, le lourd fardeau d'une responsabilité totale". (doc. 4 p. 139)

 

Dans cet extrait, il revendique les droits de « la personnalité », c’est-à-dire des destins individuels et d’exception, source de toute civilisation. Le chef a un devoir, une mission, parce qu’il incarne le destin national. Il concentre tous les pouvoirs

Le nazisme résulte aussi des mutations sociales du XIXe siècle avec la révolution industrielle et urbaine (explosion de la population à Paris, Londres, mais aussi Berlin). La ville est assimilée au bagne, aux maladies (tuberculose), à la mort (suicides), au taudis. A l’inverse de la France, la bourgeoisie allemande a été phagocytée par l’aristocratie pendant cette période. Cette aristocratie défend ses valeurs : l’éducation doit être façonnée par l’obéissance et la soumission à une autorité (idéologie autoritaire) et par l’effacement de l’individu devant le nous, le collectif. Cela conduit la pensée völkisch (ethniciste) et le racisme à s’épanouir en Allemagne entre 1870 et la fin de la première guerre mondiale.

 

 

2. Quel système politique rejette Hitler ? Pourquoi ?(doc. 4 p. 139)

 

Il rejette la démocratie.  L’inégalité des individus entre eux étant une loi naturelle inéluctable, «le mouvement est antiparlementaire». La majorité est incapable d’exprimer l’intérêt réel du peuple, alors que le pluralisme met en jeu l’unité du peuple, ce qui conduit à la décadence.

Il écrit ainsi : « la masse n’est composée que de médiocrités. Cent aveugles ne font pas un voyant, mille lâches aucun héros, cent mille parlementaires aucun homme d’État» ou « Un peuple soumis au principe de la majorité est voué au naufrage ».

 

Rejet des Lumières et de l’esprit démocratique : unité tardive de l’Allemagne qui s’effectue de surcroît par le haut, la force et contre les libertés civiles. L’Allemagne se construit par la volonté prussienne dont Bismarck devient le héros (450 monuments à sa gloire après 1890 en Allemagne). Se développe l’idée que la force est créatrice du droit, que la guerre peut être une « cure d’hygiène » pour l’humanité. On accepte l’idée d’inégalité entre les hommes et que c’est à l’élite culturelle de diriger les nations.

Au nom de la singularité allemande, l’Allemagne s’oppose culturellement à l’Occident. Cette opposition existe depuis Luther mais elle s’est renforcée avec les Lumières et surtout après la défaite de Iéna : divorce avec la France et la philosophie des Lumières qui passe par un réflexe anti-français, anti-libéral.

 

 

Conclusion :

 

 

Tous ces thèmes sont donc là avant le nazisme qui synthétise tous les courants et franchit la ligne rouge lorsque l’on se décide à éliminer les malades et les plus faibles : c’est la notion de sélection qui apparaît (seul pays à être allé jusque là, alors que ce débat existe partout en Europe, y compris en France). Cette sélection repose sur une dimension irrationnelle qui est difficilement compréhensible pour les Français issus de l’héritage des Lumières. Cette idée du règne de l’homme raisonnable est finalement assez neuve à l’échelle historique, cela date de Descartes, Spinoza mais le fond de l’histoire n’est pas celui-là.

Le nazisme s’enracine dans un véritable courant du pessimisme qui est né au XIXe siècle et qui s’est développé dans toutes les sociétés européennes : peur des élites par rapport au peuple, anticommunisme. 

 

 

 

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