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16 Feb

Les deux Angleterre : correction de l'exercice A (bac blanc 1ière)

Publié par Louis BRUN  - Catégories :  #première

Exercice A - Analyse de documents en histoire : Croissance et mondialisation du XIX° siècle aux années 30

 

Après avoir replacé ce document dans son contexte historique, vous indiquerez en quoi il nous présente les grandes étapes de la croissance  et de la mondialisation depuis  le milieu du XIX° siècle jusque dans les années 30.

 

 

Document 1. Les deux Angleterre.  

 

Journaliste et romancier britannique, John Boynton Priestley (1894-1984) entreprend en 1934 un périple en Angleterre, pays dont il décrit les multiples facettes.

 

«  Il y a l'Angleterre du XIXe siècle, l'Angleterre industrielle du charbon, du fer, de l'acier, du coton, de la laine, des chemins de fer,[...] des usines textiles, des fonderies, des entrepôts,[...] un paysage dévasté avec cynisme de misérables petites villes recouvertes de suie, et plus noires encore, des villes sinistres semblables à des forteresses. Cette Angleterre-là forme la plus grande partie des Midlands et du Nord, elle existe partout.

Quant à [l'autre] Angleterre, j'en conclus que c'était l'Angleterre d'après-guerre, qui appartient bien davantage à notre époque qu'à nos Îles britanniques. L'Amérique, pensai-je, a été son véritable lieu de naissance. C'est l'Angleterre des routes nationales et des boulevards de ceinture, des stations-service, et des usines qui ressemblent à des halls d'exposition, des cinémas géants et des dancings, des magasins Woolworth (1), des pavillons avec de petits garages, des autocars, de la TSF (2) (...).  C'est le domaine de la production de masse, de la fabrication à grande échelle, et à prix réduits ».

 

J. B. Priestley, English Journey,  Londres,  1934.

 

1.  Les magasins Woolworth sont une chaîne de grands magasins d'origine américaine.

2. Transmission Sans Fil

 

 

 

 

Pistes de correction pour l’exercice A. d’histoire.

 

Ce document source s’inscrit dans le contexte des années 30 : une croissance économique brisée par la première grande  crise économique mondiale  née en  1929 et qui s’est par la suite diffusée au reste de la planète.  Ce document est un témoignage d’un journaliste anglais  John Boynton Priestley. Il nous décrit dans son carnet de voyage,  English Journey, publié en 1934,  l’Angleterre des années 30 en insistant sur ses inégalités, sociales et culturelles.

L’auteur oppose dans sa description deux Angleterre et souligne ainsi  les inégalités spatiales de la croissance et du processus d’industrialisation.

Dans le premier paragraphe il nous décrit une Angleterre née à la fin du XVIII° siècle et au début XIX° et correspondant à la première phase d’industrialisation et de croissance («Il y a l'Angleterre du XIXe siècle ») .En effet l’Angleterre a été le berceau de la révolution industrielle. Dans sa description l’auteur nous présente les principales caractéristiques de la première phase d’industrialisation et de croissance. Celle-ci repose sur l’utilisation d’une nouvelle source d’énergie : le charbon  une Angleterre («l'Angleterre industrielle du charbon »).  Elle repose sur des industries traditionnelles : les industries textiles (« l'Angleterre […]  du coton, de la laine, [...] des usines textiles ») et les industries métallurgiques (« l'Angleterre industrielle […] du fer, de l'acier […] des chemins de fer [...] des fonderies »). L’essor du chemin de fer, suggéré par l’auteur, est lié à la mise au point d’une nouvelle force motrice : la machine a vapeur. Cet essor a permis l’unification du marché national. Cette première étape a donné naissance à un type de paysage particulier : les villes noires du charbon et de l’acier dominées par les usines (de petite  taille essentiellement) où se concentrent désormais les ouvriers.

Cette Angleterre ne disparait pas avec l’arrivée d’une seconde phase de croissance et d’industrialisation. Celle-ci s’impose progressivement  à la fin du XIX° siècle. Elle repose en premier lieu sur une nouvelle organisation scientifique du travail : la mise au point du taylorisme et du fordisme (« C'est le domaine de la production de masse, de la fabrication à grande échelle, et à prix réduits. ». Ces prix réduits sont permis par des gains de productivité sur  la main d’œuvre : chaque ouvrier effectue désormais dans le processus une tâche précise en un temps limité (taylorisme). Cette productivité importance est aussi liée à la mécanisation (travail à la chaîne suggéré par l’auteur lorsqu’il évoque les nouvelles usines «qui ressemblent à des halls d'exposition » ) et à la standardisation de la production (fordisme).   Cette stratégie permet de baisser les prix et donc le développement d’une consommation de masse nécessaire pour écouler les biens issus d’une production de masse. Cette consommation de masse est évoquée par l’essor des grandes chaînes de magasins comme « Woolworth ». Cette phase est également fondée sur de nouvelles industries : celles des biens de consommation comme l’industrie automobile ou l’industrie du cinéma («cinémas  géants » […] des pavillons avec de petits garages, des autocars »). Elle repose aussi sur de nouvelles énergies comme le pétrole. L’auteur l’évoque en parlant de « stations-service ». Cette industrialisation a aussi donné naissance  à un nouveau paysage industriel et urbain : l’essor des grands axes de circulation routière adaptés à l’automobile, l’essor des premières banlieues pavillonnaires avec leurs maisons individuelles (« routes nationales et des boulevards de ceinture, des stations-service […] des pavillons). Elle donne naissance aussi à une civilisation des loisirs : la réduction des prix permet d’accéder massivement aux loisirs (« des cinémas géants  et des dancings », « TSF »).

Ces phases d’industrialisation et de croissance s’accompagnent aussi du processus de mondialisation : l’auteur évoque l’essor des réseaux de communication le chemin de fer au XIX° siècle (premier paragraphe ), la route au XX° siècle (on pourrait ajouter la maîtrise des mers avec l’essor des navires à vapeur) mais aussi les réseaux de télécommunication (TSF) (deuxième paragraphe). Grâce à ses réseaux, les territoires sont progressivement mis en relation (mondialisation). La première phase d’industrialisation et de croissance a permis l’affirmation du Royaume Uni au sein d’une économie- monde dont elle était le centre. On comprend dans le deuxième paragraphe que le centre de gravité s’est déplacé. Même si le Royaume Uni reste une grande puissance industrielle et commerciale, il doit  désormais compter avec un concurrent de poids : les Etats-Unis. D’ailleurs il précise que cette nouvelle phase de croissance et d’industrialisation est née aux Etats-Unis (« L'Amérique, pensai-je, a été son véritable lieu de naissance »)

Ce témoignage nous dresse donc un état des lieux de l’Angleterre au milieu des années 30. Il permet de comprendre qu’une industrialisation ne chasse pas l’autre. Les processus peuvent se superposer. On comprend également que désormais, les Etats-Unis s’affirment de plus en plus comme le centre de cette nouvelle économie-monde.

 

 

 

 

 

 

 

 

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