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07 Nov

Les relations entre patrons et ouvriers (correction DS 1ière S3)

Publié par Louis BRUN  - Catégories :  #première

article réédité (première publication le 8 décembre 2007)

 

Document 1. L'évolution démographique de Firminy de 1820 à 1931

 

Année

Population

Année

Population

1820

2 627

1881

13 707

1831

3 779

1891

14 487

1841

4 306

1901

16 603

1851

5 374

1911

16 580

1861

6 420

1921

20 194

1872

7 672

1931

21 365

 

Source : Jean Vigouroux, FIRMINY (1814 – 1914), naissance d’une ville industrielle, 1994

 

Document 2. Grève à Firminy

 

Lors des manifestations du 1 mai 1906, les ouvriers métallurgistes des Aciéries et Forges de Firminy obtiennent une augmentation de salaire. Mais dans les jours qui suivent,  la direction renvoie deux ouvriers qui avaient pris une part active aux manifestations (pour injures et menaces envers leur contremaître). Ce renvoi est perçu comme un acte de représailles.  Du 21 juin au 24 juillet , les 2700 ouvriers des Aciéries  et forges de Firminy se mettent progressivement en grève.

 

img-0001-1.jpg

 

 

chanson syndicale(1906), archives départementales de la Loire, 10M342


Document 3. La Caserne de Pont-Salomon
 
A la tête de l’usine des faux de Pont Salomon, Dorian, fait construire des habitations pour ses ouvriers dont la Caserne à côté des ateliers. 56 familles d'ouvriers y étaient logées. Dans les sous-sols se trouvaient les écoles (jusqu'en 1916), et la chapelle (jusqu'en 1872). Il crée également un service médical, une caisse de secours, une bibliothèque (750 ouvrages) et même une fanfare (1864). Une caisse d’épargne donnant 5 % d’intérêts est alimentée par les employés qui peuvent ainsi participer aux bénéfices de l’entreprise

casernepontsalomon.jpg

                                                   Source : site web du musée de la faulx de Pont-Salomon



Document 4. Une fête à Pont-Salomon
 
 
Le dimanche 13 août, la commune de Pont-Salomon tout entière était en liesse. Dans tous les cafés et restaurants des banquets avaient été organisés. M. Martin-Binachon, directeur des usines, avait en effet invité ses 400 ouvriers à fêter avec lui les superbes résultats de la campagne 1910- 1911.
(…) Avant le banquet, les ouvriers avaient tenu à manifester tous ensemble leur sympathie pour la direction des usines et offert des objets d'art à MM. Binachon et Martin-Binachon. M. Nogué, en quelques phrases, s'est fait l'interprète de leurs sentiments.
(…) M. Martin, avec sa chaleur et sa franchise habituelles, a pris la parole en ces termes :
 
« Mes chers amis,
Mon beau-père et moi vous remercions de tout coeur du témoignage de sympathie que vous voulez bien nous donner aujourd'hui. Il nous touche profondément et nous y sommes d'autant plus sensibles qu'il dénote chez vous un esprit de solidarité rare à notre époque où les rapports entre patrons et salariés sont devenus plus officiels et moins cordiaux que jadis.
Nous avons conservé ici quelque chose de traditionnel et de familial. Le maître d'industrie est demeuré le protecteur et le directeur moral de ses ouvriers. Nous nous intéressons à vous, non par démagogie, mais parce que nous avons conscience de nos devoirs de chefs et parce que nous vous aimons. Les utopies les plus égalitaires ne changent rien à cette loi psychologique éternelle aussi vieille que le monde qui veut que la volonté consciente et organisatrice d'un chef préside toujours aux destinées de toute association.
Toute réunion d'hommes, toutefois, ne vit pas que de bonne administration, de bon commerce et de philanthropie ou du moins, si cela suffit à son existence et même à son progrès matériel, ce n'est point assez pour la rendre heureuse. Le bonheur des collectivités, comme notre bonheur personnel, ne dépend tout-à-fait ni du bien-être dont elles jouissent, ni de la situation qu'elles se sont assuré dans le pays. Ce ne sont là que des assises d'une chose plus précieuse : la confiance réciproque, la sérénité que donnent une longue tradition et le culte, sans servilité, des racines familiales et régionales. (…) »
 
Une véritable affection s'était manifestée chez tous les assistants en présence de ces marques d'une sympathie profonde et mutuelle, qui n'est pas seulement dans les apparences, mais aussi et surtout dans les coeurs.
 
 
Source :   La Loire républicaine , samedi 19 août 1911 (document restitué par M. R. Commère)
 
 
Exercice de la première partie

Le candidat analysera l’ensemble documentaire en répondant aux questions suivantes :
 
1. Décrivez et expliquez l’évolution démographique de Firminy (doc. 1)
2. Dressez le portrait des nouvelles catégories sociales nées de cette évolution ? (doc 2, 3 et 4)
3. Comment les ouvriers perçoivent cette société ? Pourquoi ? Par quelle idéologie les ouvriers des usines Verdié sont-ils influencés ? (document 2)
4. Décrivez et expliquez les  relations que patrons et ouvriers entretiennent à Pont à Salomon ? Comment appelle-t-on ce type de rapport ? (doc. 3 et 4).
 
Exercice de la deuxième partie
 
À l’aide des réponses aux questions, des informations extraites des documents et de ses connaissances, le candidat rédigera une réponse organisée au sujet : Quelles relations patrons et ouvriers entretiennent-ils à la fin du XIX° siècle et  au début du XX° ? 
 

correction


Exercice de la première partie

Le candidat analysera l’ensemble documentaire en répondant aux questions suivantes :
 
1. Décrivez et expliquez l’évolution démographique de Firminy (doc. 1)
 
La population augmente fortement et rapidement : la population de Firminy est multiplié par plus de 3 entre en soixante dix ans ( de 1861 à 1931) passant de 6 420 à 21 365 habitants.
Ce phénomène d’urbanisation est lié à la combinaison de plusieurs facteurs.
l'accroissement démographiquedes pays industriels au XIX° siècle favorise l'exode rural et donc le gonflement des villes : les masses misérables et sans emploi s’entassent dans les faubourgs. La croissance urbaine attirait les paysans sans emplois (dans le cas de l’Ondaine ce sont au départ des paysans originaires de Haute Loire) tandis que la présence de cette main d'oeuvre disponible permettait l'implantation d'industries (causalité réciproque).
Les exploitations industrielles peuvent ainsi donner naissance à des villes-champignons ou permettre leur extension.
La présence de matière première ou de source d’énergie nécessaire au fonctionnement explique aussi les localisations industrielles (nécessité de réduire les coûts de production) et donc le développement urbain des espaces industrialisés.
 

2. Dressez le portrait des nouvelles catégories sociales nées de cette évolution ? (doc 2, 3 et 4)
 
L'industrialisation suscite de nouvelles formes d'activité professionnelle, modifie les conditions de travail et engendre des types sociaux nouveaux. L’ensemble documentaire évoque deux de ces nouvelles catégories : grande bourgeoisie (patrons) et ouvriers.
 
Cette grande bourgeoisie dispose du capital et des moyens de production (usines) : Dans l’Ondaine ou à proximité (Pont Salomon) ce sont les maîtres de forges évoqués par les documents :  Verdié, Dorian, Binachon. 
Cette grande bourgeoisie cumule progressivement toutes les formes de pouvoir : en plus du pouvoir économique elle s'impose dans la vie politique (Dorian [1814 – 1873] député de la Loire à partir de 1863, maire d’Unieux, il devient ministre des travaux publics à partir de 1870). Ils adoptent un mode de vie proche de celui de l’aristocratie.
Beaucoup plus importante numériquement est la catégorie des ouvriers d'industrie ou prolétariat qui constituent une classe relativement nouvelle. Cette main d'oeuvre qui vient généralement de la campagne. Comment le laisse entendre la violence du document 2 (crever de faim, maigre pitance, famine, malheur, misère), cette catégorie sociale connaît des conditions de travail et de vie difficiles. Les améliorations ne sont que tardives.
 
 
3. Comment les ouvriers perçoivent cette société ? Pourquoi ? Par quelle idéologie les ouvriers des usines Verdié sont-ils influencés ? (document 2)
 
Pour les ouvriers cette société est injuste. Les patrons les exploitent.( « horde d’égoïste », « ramper contraints par la famine » ) C’est la lutte des classes (principe défini par K. Marx). (« debout les prolétaires », « lutter sans merci et sans trêve pour ne pas servir de pilier à la classe capitaliste »)
En effet leurs intérêts s’opposent à ceux des patrons. L'intérêt des patrons est d'abaisser les salaires, celui des travailleurs, de les défendre, faute de pouvoir obtenir des augmentations. En effet la concurrence qui oppose les entrepreneurs entre eux joue au détriment des salariés. La concurrence oppose aussi les salariés entre eux du fait souvent de l'absence d'accords ou de conventions, et le chômage, qui met à la disposition du patronat une armée de réserve où puiser de quoi remplacer d'éventuels grévistes (dépendance des travailleurs par rapport au patronat).
 
 
Dans le document 2 les ouvriers sont influencés par le syndicalisme et le socialisme révolutionnaire.
S’inspirant de ces deux idéologies, les ouvriers espèrent mettre un terme à la lutte des classes par la grève pour les syndicalistes (le document 2 est une chanson syndicale chantée lors d’une grève) et par la révolution pour les socialistes révolutionnaires. (« Hachons les tous jusqu’aux derniers »)
 
Dans le cas du syndicalisme, la grève doit permettre une amélioration des conditions de vie des ouvriers (« Nous voulons un peu plus de bien être … »)
Néanmoins, la grève générale (le Grand soir) devra déboucher sur une nouvelle société. (« Que le soleil qui va paraître chasse toutes les iniquités »)
 le syndicat aujourd'hui groupe de résistance sera demain la base de l'organisation sociale. Il détiendra les moyens de production (autogestion) (influence de l'anarchisme). Le patronat aura disparu.
L’action révolutionnaire et la dictature du prolétariat doit permettre aux communistes d’abolir les classes et l’Etat. (« Par la force et le droit nous aurons gain de cause », « L’on obtient jamais rien impose »)
 
 
 
4. Décrivez et expliquez les relations que patrons et ouvriers entretiennent à Pont à Salomon ? Comment appelle-t-on ce type de rapport ? (doc. 3 et 4).
 
Dans les documents 3 et 4 patrons et ouvriers entretiennent des relations apaisées. Ainsi en 1911, le patron de l’usine de Pont- Salomon organise un grand banquet pour remercier leurs ouvriers et les ouvriers offrent à la direction des objets d’arts. Les patrons disent avoir une obligation envers leurs ouvriers : assurer leur bien être. Nous sommes dans un rapport paternaliste : les patrons, comme des parents,   assurent la direction morale, spirituelle, sanitaire…..de leurs enfants (les ouvriers). : Nous nous intéressons à vous, non par démagogie, mais parce que nous avons conscience de nos devoirs de chefs et parce que nous vous aimons
S’inspirant de la politique paternaliste de son beau-père à Unieux (Holtzer) , Dorian avait initié cette politique par des réalisation très concrètes : logements ouvriers, bibliothèques, fanfares…..
 
Cette politique paternaliste avait pour objectif  de :
 
Fixer la main d’œuvre
Assurer la paix sociale , le bon fonctionnement de l’usine et concurrencer les idéologies contestataires (qui préconisaient une redistribution des moyens de productions et une nouvelle organisation sociale)
  
 
 
Exercice de la deuxième partie
 
À l’aide des réponses aux questions, des informations extraites des documents et de ses connaissances, le candidat rédigera une réponse organisée au sujet : Quelles relations patrons et ouvriers entretiennent-ils à la fin du XIX° siècle et  au début du XX° ? 
 
 
 
I. De nouvelles catégories sociales nées du processus d’industrialisation
 
1. Industrialisation et urbanisation
2. L’essor des grands patrons
3. L’essor du monde ouvrier
 
II. Des ouvriers qui contestent une société injuste dominée par la bourgeoisie
 
1. Le syndicalisme
2. Les socialismes
 
III. Des patrons entre paternalisme et libéralisme
 
1. Les politiques paternalistes et leurs objectifs
2. Le libéralisme

 

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